KEYNES - LES ENJEUX DE LA THEORIE GENERALE, les enjeux de la Théorie générale
EAN13
9782200244217
ISBN
978-2-200-24421-7
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
CURSUS
Nombre de pages
192
Dimensions
21 x 15 x 0 cm
Poids
272 g
Langue
français
Code dewey
330.156
Fiches UNIMARC
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Keynes - Les Enjeux De La Theorie Generale

les enjeux de la Théorie générale

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Armand Colin

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Introduction?>Récemment encore, le nom de Keynes était associé aux déficits publics, à l'inflation, au laxisme des politiques budgétaires et au poids excessif de l'État dans l'économie. Il était convenu que c'était l'excès dans le recours aux politiques dites keynésiennes qui provoquait la stagflation et le développement du chômage. Par son retour à des bases plus saines, plus traditionnelles, l'analyse économique avait retrouvé la voie du progrès, le libre jeu des marchés et l'accumulation des richesses par un capitalisme, pourquoi pas financier et sans entraves. Il était judicieux de montrer son peu d'intérêt pour l'œuvre de Keynes. R.J. Lucas, prix Nobel 1995, assurait qu'il n'avait jamais vraiment lu la Théorie générale... jusqu'au bout1, quand A. Greenspan suggérait dans ses mémoires2, que même s'il avait lu deux fois, dans sa jeunesse, le livre de Keynes, il n'avait jamais vraiment vu en quoi il impliquait une révolution scientifique. Pour lui, le progrès de la science économique était plutôt dans la formalisation et la conception rigoureuse, la logique formelle, des théories économiques.Avec la réapparition de la crise économique, il n'est plus question que du retour de Keynes, de l'intérêt de sa pensée pour pallier les situations critiques. L'intervention massive de l'État n'est qu'un mal nécessaire, un passage obligé, quand les difficultés économiques s'amoncellent. L'économie de Keynes n'est-elle donc qu'une trousse de secours à n'ouvrir qu'en cas d'urgence ? Est-ce son seul usage ? Peut-on se satisfaire d'une présentation de l'analyse économique où la théorie standard a le beau rôle, à savoir expliquer pourquoi tout va bien, quand l'économie keynésienne s'acharne à rendre compte des pires conditions ? Imagine-t-on une médecine en deux parties, celle qui dit pourquoi le patient est bien portant et l'autre qui répond aux problèmes de la maladie ? Quand tout va mal, il est difficile d'adhérer à un point de vue, celui de l'économie dominante, où les seules conclusions sont finalement qu'il n'y a qu'à « laisser faire », que de toute façon, autrement dit à long terme... où nous serons peut-être tous morts, l'intervention ne fera qu'aggraver les problèmes. Au mieux, on freine aujourd'hui le chômage et on le paiera plus tard par un endettement massif.La Théorie générale paraît en 1936, donc plutôt vers la fin de la période de la Grande Crise (1929-1939). Keynes a-t-il permis de sortir de la dépression ? On l'a affirmé pendant longtemps et c'est sans doute pour cela que son analyse a été cantonnée au problème de la crise économique. En réalité, les choses sont plus compliquées. Il est facile de voir que la chronologie respecte mal l'argument précédent. En 1936 les mesures fondamentales du New Deal de Roosevelt sont déjà adoptées3 et qu'il est difficile de croire que toute l'administration démocrate était fermement acquise à la nouvelle économie. Il faut plutôt y voir l'influence des économistes américains institutionnalistes. N'est-ce pas Roosevelt lui-même qui, après son entretien avec Keynes (juin 1934), déclare qu'il n'a rien compris à ce que son interlocuteur lui a suggéré ? D'ailleurs Keynes lui-même était assez peu convaincu par les choix de Roosevelt puisqu'il l'avait exhorté, dans une lettre ouverte au New York Times (1933), intitulée « Spend, spend, spend», d'inciter les ménages et les entreprises à dépenser plus. Les mêmes arguments étaient déjà exposés dans l'allocution radiodiffusée de 1931 : « l'alternative : dépenser ou épargner ?». Il n'y a pas besoin d'évoquer Keynes pour justifier la politique des grands travaux. D'autres économistes américains, plutôt orthodoxes comme Viner (1892-1970) ou Fisher (1867-1947), s'y étaient montrés favorables. Les déficits publics ont des effets stabilisateurs4 (Viner) et au-delà d'un certain degré d'enfoncement dans la crise la réduction de ces déficits est contre-productive (Fisher). Le mécanisme du multiplicateur d'emplois n'est pas la propriété exclusive de Keynes. On sait l'importance de Kahn (1931) sur le sujet mais on reconnaît maintenant le rôle d'un économiste australien : Giblin (1930)5. Le chômage était massif mais l'explication traditionnelle aurait suffi (Fisher, « The Debt-Inflation Theory of Great Depression », Econometrica, 1933). La baisse des prix et des salaires ne se fait pas au même rythme, donc, paradoxe, le salaire réel, pour ceux qui gardent leur emploi, augmente6. On reste bien dans la tradition néoclassique. Sur un marché du travail concurrentiel, le chômage est la conséquence d'un salaire réel effectif supérieur au salaire réel d'équilibre (« notionnel »). D'où la question capitale : peut-on sortir de la crise indépendamment d'une réflexion approfondie sur le rôle des salaires dans l'équilibre global ? Cette interrogation est dans la Théorie générale, en l'occurrence les chapitres 1, 2, 3et 19, 20, mais n'a pas été vraiment discutée dans les débats économiques des années 1930. Des historiens américains, comme A. Shlaes7, assurent toujours aujourd'hui que la reprise américaine avortée, après 1935, est la conséquence de salaires trop vite revalorisés, en particulier en conséquence du Wagner Act (1935)8. Le même argument, relance par l'investissement et surtout pas par les salaires et la consommation, se retrouve aujourd'hui comme s'il y avait une bonne relance, celle de l'investissement, et une mauvaise, celle des salaires et de la consommation, comme si l'investissement et la consommation n'étaient pas tout deux des composants de la demande globale. Quelque part réapparaît l'opposition d'une relance conforme à l'orthodoxie face à une relance véritablement keynésienne. N'a-t-on pas progressé ? Parallèlement, d'autres commentateurs, économistes et historiens, assurent que les déficits massifs d'aujourd'hui se paieront plus tard par des relèvements d'impôts et que le plus tôt sera le mieux. Au passage, P. Krugman, dans ses chroniques du New York Times, mais aussi Christina Romer9, principale conseillère économique du président Obama, montre clairement que la reprise lente de la croissance américaine après le New Deal a été handicapée par une relance d'un montant insuffisant ; l'effet multiplicateur était trop faible et trop étalé dans le temps, et que, de plus, « les angoissés du déficit » ont poussé à une augmentation trop précoce, dès 1937, des prélèvements obligatoires aux États-Unis. N'a-t-on pas le même débat aujourd'hui ? Des salaires qui ne doivent pas augmenter trop vite, des équilibres financiers qu'il faut au plus tôt recouvrer, on ajoutera des taux d'intérêt qui traduisent les conditions « effectives » des marchés de fonds prêtables. N'est-ce pas là le lot de toutes les fausses/bonnes questions auxquelles Keynes cherchait déjà une réponse dans l'incertitude, dans la préférence pour la liquidité, dans la demande effective, dans la définition satisfaisante d'un équilibre de sous-emploi et d'un chômage involontaire ?
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