Annesophie B.

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chroniqueuse littéraire à temps complet.

Intuitio

Calmann-Lévy

21,90
29 avril 2021

Original et prenant.

Intuitio, c’est un peu le roman que l’on n’attend pas et que l’on est très heureux de rencontrer sur son chemin de lecteur.
De mémoire, je n’avais pas encore lu de livre de Laurent Gounelle.
Grâce à ce nouveau titre c’est maintenant chose faite et j’en suis ravie.

Thriller initiatique, policier soft, roman contemporain énigmatique, il est un peu tout ça à la fois, et donc assez unique en son genre.
Les thèmes abordés sont à la fois actuels et intemporels, mais surtout profonds et très bien exploités.
Les personnages ressemblent à tout un chacun mais sont tous singuliers à leur façon.
L’intrigue, elle, est prenante, intelligemment présentée, et son déroulé crée sans mal une évidente addiction.

Timothy est un auteur de romans policiers quelque peu solitaire.
Pourtant, un jour, le FBI sonne à sa porte pour lui demander son aide : un homme fait régulièrement s’écrouler des tours de bureaux, et ils aimeraient qu’il rejoigne l’enquête et se serve de son intuition pour arrêter démasquer le coupable.
Sauf que, si Tim est un créatif, c’est aussi un être profondément rationnel. Autant dire que, pour lui, ces histoires d’intuition ne sont que poudre aux yeux.
Et pourtant...

Étant moi-même très cartésienne, j’avoue faire partie du grand nombre de personnes qui restent assez hermétiques à ses sujets.
Pour autant, s’il y a bien une chose à laquelle je crois, c’est l’instinct.
Et l’intuition, telle que l’auteur la présente ici, n’est autre que la capacité à écouter et développer cet instinct que nous avons tous, et que nous suivons bien trop rarement.
Il n’est donc nullement question dans ce roman de pouvoir magique ou de dons paranormaux, et c’est ce qui fait de ce polar un livre parfaitement cohérent.
L’avantage de cette approche est que ce nouveau titre plaira tout autant aux aficionados de romans policiers qu’aux fans de littérature contemporaine, ainsi qu’à tous ceux qui apprécient les livres de développement personnel.

Un très bon moment de lecture qui nous permet, durant ses presque 400 pages, de lâcher la bride à nos esprits terre à terre.
Sans compter qu’on y apprend quantité d’informations plus qu’intéressantes.
Lancez-vous, et laissez-vous porter !

Tout le bonheur du monde

Claire Lombardo

Rivages

24,90
29 avril 2021

Excellent roman.

Faire connaissance avec la famille Sorenson c’est embarquer pour une aventure littéraire qui vous procurera mille sensations différentes.
Un bain de jouvence sur papier.

Les 700 pages qui composent ce roman nous font découvrir, sur une période d’une quarantaine d’années, les bons et les mauvais moments de cette étrange famille, à la fois fusionnelle et dysfonctionnelle.
David et Marilyn, les parents.
Amoureux comme au premier jour, bien souvent au grand désespoir de leurs quatre filles.
- Wendy, la rebelle, la cynique, la blasée, l’incomprise.
De quoi faut-il avoir souffert pour devenir ainsi ?
- Violet, la sage, celle à qui tout réussit, le modèle parfait.
En façade en tout cas, parce que dans les faits, ses secrets ne sont-ils pas trop lourds à porter ?
- Liza, « l’enfant-tampon », celle du milieu, qui évite les vagues et ne fait pas de bruit.
Mais quel est le prix à payer pour cela ?
- Grace, la petite dernière, le bébé de tous, celle qu’on cajole et qu’on protège.
Figée dans cette posture, comment peut-elle trouver sa place ?

En parvenant à aborder de multiples sujets sociétaux, l’auteure et sa plume nous font engloutir ce délicieux romans et nous laissent un souvenir marquant et profond, tendre et amusant.
Mille sourires et mille soupirs accompagneront cette lecture.
Drôle, émouvante, intelligente, interrogeante, cette histoire vous fera vivre des montagnes russes émotionnelles.

Le rythme est impeccable, et le jeu passé/ présent est idéalement orchestré.
Quant aux personnages... Vous aurez des préférences, c’est obligé, mais comme souvent, ils se complètent si bien que vous ne pourriez vous passer d’un seul.
Pour ceux qui aiment les séries télé, Tout Le Bonheur Du Monde est le mix parfait entre « Brothers & Sisters » et « Parenhood ».
Je vous laisse donc imaginer le plaisir que l’on prend à cette lecture !

Claire Lombardo a si bien réussi ce premier roman qu’il est déjà en cours d’adaptation par HBO. Et si la série à venir est ne serait-ce qu’à moitié aussi bonne que le livre, on n’a pas fini d’entendre parler de la vie des Sorenson.
Et ça c’est une très bonne nouvelle.
À lire sans délai, parce qu’il fait du bien, au cœur et à l’esprit.

Murder Game
20,00
29 avril 2021

Cosy crime.

Murder Game regroupe tous les ingrédients d’un très bon cosy crime : un mariage réunissant d’anciens amis perdus de vue, une grande et belle maison donnant sur la mer, des mensonges calculés, des secrets inavouables... et un meurtre.
L’intrigue coche toutes les cases du genre, le talent de l’auteure se charge du reste.
Et ça fonctionne.

Si je suis restée sur la retenue durant les 150 premières pages, j’ai compris par la suite pourquoi Rachel Abbott avait voulu prendre son temps pour installer son histoire et ses personnages.
L’ambiance colle parfaitement, surtout durant la deuxième moitié où le rythme s’accélère lorsque l’on rentre enfin dans le Murder Game. Il devient alors plus soutenu durant cette seconde période, ce qui est vraiment appréciable.

J’ai deviné, dès la page 200, qui était le coupable, mais cela n’a rien enlevé à l’énorme surprise finale que nous réserve l’auteure.
Celle-là, par contre, je ne l’avais absolument pas vue venir tant Rachel Abbott a su se jouer de moi avec brio !
Les neuf personnages autour desquels l’histoire prend forme ne créent aucune confusion dans l’esprit du lecteur. Ils ont chacun des caractères différents, et des spécificités propres, tant physiques que morales, qui empêchent toute confusion.
J’aurais par contre préféré que cela reste un huis-clos strict, sans implication de l’enquêtrice Stephanie King.

En refermant ce thriller, on ne peut s’empêcher de penser qu’une adaptation pour le cinéma pourrait rencontrer un grand succès, tant pour l’intrigue que pour l’atmosphère qui s’en dégage.

L’auteure nous propose donc un nouveau thriller qui rencontrera sans aucun doute un franc succès, même si, de mon seul point de vue, j’aurais préféré une première partie de roman plus rapide et surtout plus immersive.
Comme la deuxième partie répondait à toutes mes attentes, et que l’une des révélations finales m’a réellement surprise, je le conseille à tous les amateurs du genre, qui y retrouveront tout ce qui fait la renommée de Rachel Abbott.

Trois, Roman

Roman

Albin Michel

21,90
3 avril 2021

Delicatesse et profondeur.

Trois, c’est le roman de l’amitié, de sa force et de ses failles ; celui des relations humaines, dans ce qu’elles ont de plus beau et de plus sombre ; celui des secrets, de leur nécessité et leurs conséquences...
Trois, va vous parler de la vie, de la mort, de sacrifices, de musiques, de joies intenses et de chagrins incommensurables.
Trois va vous offrir des sourires et des larmes, des rires et des peines, de la nostalgie et de l’espoir.

Trois c’est, avant toute chose, Nina, Étienne et Adrien.
Trois, c’est l’enfance, l’adolescence, le passage à l’âge adulte, les choix et les errements de ces trois êtres si différents et pourtant si complémentaires.
Profondément humains, idéalement imparfaits, chacun d’eux éveillera chez le lecteur un sentiment de connexion, spirituelle ou sentimentale.
Nous avons tous, ou nous avons tous eu, un peu de ces trois-là en nous, pour le meilleur ou pour le pire.
Pour ma part, je me suis en grande partie retrouvée en Nina. Sa passion des animaux, son sens de l’amitié indéfectible, sa douleur face à la perte d’êtres aimés.

Le sentiment d’attachement qui se crée au fil des pages est à la fois un plaisir et une souffrance.
Plaisir parce que nous les découvrons, les suivons et les soutenons, comme des amis que nous nous serions faits depuis la plus tendre enfance.
Et souffrance parce que nous vivons leurs drames à leurs côtés, mais surtout parce que l’on sait déjà qu’il nous faudra les quitter une fois le livre terminé.

Ce roman a été un très beau coup de cœur, tant pour l’histoire que pour les personnages.
Mais ça a été encore un peu plus que cela. Un moment partagé avec eux, comme un bout de vie en commun, qui produit un vide étrange, presque physique, quand il prend fin.

Valérie Perrin, que je découvrais pour la première fois avec ce titre, a su créer un roman puissamment humain, fondamentalement social et incroyablement juste.
Les différentes intrigues, la profondeur des protagonistes, la construction des chapitres avec l’alternance des temporalités, en font un livre particulièrement addictif.

665 pages qui défilent trop vite, que je relirai avec le même plaisir, et que je recommande à tous, sans exception.

Les enfants sont rois
30 mars 2021

Roman d'utilité publique.

Attention, ce roman est édifiant et hautement addictif !
Avec « Les Enfants sont Rois » Delphine de Vigan nous propose une lecture qui parlera à tous.

Parce que ce qu’elle nous narre, c’est notre société actuelle.
Parce que ceux qu’elle met en scène, c’est vous, moi, tous autant que nous sommes.
Parce que ce qu’elle éclaire de sa plume, se sont les zones d’ombre que nous laissons s’installer sans rien dire.
Parce qu’en mettant des mots dessus, des mots justes et efficaces, elle nous offre un roman d’intérêt général.

Parce que si, après cette lecture, nous refusons de nous poser les bonnes questions, alors c’est que nous ne valons pas mieux que Mélanie Claux...

Sammy et Kimmy pourraient être mes enfants, vos enfants, les enfants de n’importe qui.
Malheureusement pour eux, ce sont ceux de Mélanie.

Que vaut le bonheur d’un enfant, comparé à un narcissique besoin d’être connu, reconnu, aimé, suivi ?
Que vaut le bonheur d’une famille, quand celle-ci n’a pour but que de vous donner toujours plus d’abonnés ?
Que vaut notre société, celle qui laisse entendre que l’important c’est d’être « vu », quel qu’en soit le prix ?
Et que valons-nous, en tant qu’êtres humains, quand nous laissons de telles choses se produire ?
Voire, que nous les soutenons en nous abonnant à ces personnes sans scrupule ?

Cette histoire m’a interrogée, bouleversée, énervée, sidérée.
En tournant la dernière page je n’ai pas pu m’empêcher d’aller vérifier sur certaines « chaînes » si tout ce qui était écrit était réellement possible...
Et ça l’est.

Ça l’est à tel point qu’apparemment pour certains, c’est devenu la norme.
C’est affligeant. Et surtout très grave.
Ce roman est à lire parce que l’histoire est excellente.
Parce que la plume est parfaitement accordée.
Parce que tout y est vrai, même si c’est une fiction.
Parce qu’il est temps d’ouvrir les yeux.
Parce qu’il est encore temps de changer les choses.
Et surtout parce qu’il est urgent de le faire.

Merci, Mme De Vigan, pour ce coup de semonce. Effrayant mais nécessaire.
Lisez-le. Offrez-le. Recommandez-le.
Vite.